Mythe VS réalité : l’autoconsommation collective est-elle toujours rentable ?
Publié le 01/06/2026Article co-rédigé avec les experts d’Enogrid
Pendant plusieurs années, les producteurs d’énergies renouvelables ont bénéficié d’un modèle relativement simple : produire de l’électricité verte et la revendre à un tarif soutenu par l’État.
Un cadre sécurisant pour les producteurs… comme pour les banques.
Mais ce modèle est en train de changer.
Dans le photovoltaïque notamment, les dispositifs de soutien public diminuent progressivement. Résultat : les producteurs doivent désormais trouver de nouveaux modèles économiques pour financer leurs projets.
“Le modèle économique des ENR est en train de changer. L’autoconsommation collective devient moins une solution opportuniste qu’un nouveau modèle de valorisation de l’électricité”
explique Titouan CAVAN, Responsable de l’offre d’Enogrid.
Et dans ce nouveau paysage énergétique, l’autoconsommation collective apparaît comme une alternative attractive. Le marché reste jeune, mais sa progression est spectaculaire, comme en témoignent les chiffres.
Selon l’Observatoire Enedis, le nombre d’opérations d’autoconsommation collective en service en France est passé de 77 en 2021, à 698 opérations en 2024, avant d’atteindre 1 625 opérations en 2025.
La puissance installée suit la même tendance, passant de 3 844 kVA en 2021 à plus de 235 300 kVA en 2025.
Autre signal fort : le modèle a toujours été très porté par les collectivités (qui représentent encore 50 % des porteurs de projets), mais aujourd’hui il séduit une plus grande diversité d’acteurs, tels que des développeurs ou des PME.
Mais est-elle réellement rentable ?
Selon les experts d’Enogrid, la réponse est moins simple qu’un oui ou un non.
LES RENOUVELABLES PASSENT DU SOUTIEN PUBLIC À L’ÉPREUVE DU MARCHÉ
Le premier constat posé par les spécialistes est clair : le marché a changé.
Pendant longtemps, les projets renouvelables reposaient sur des mécanismes très sécurisés :
- des tarifs garantis sur 20 ans,
- des revenus prévisibles,
- des financements bancaires facilités.
Aujourd’hui, l’État réduit progressivement son soutien à certaines installations photovoltaïques.
Et cela change complètement la logique économique des projets.
“On a vécu un âge d’or dans le photovoltaïque. On ne retrouvera probablement pas les niveaux de rentabilité de 2023-2024.”
Autrement dit : les projets restent viables, mais les rendements exceptionnels observés ces dernières années ne sont plus la norme.
LE DÉFI DES PROJETS EnR N’EST PLUS LA RENTABILITÉ, MAIS LEUR FINANCEMENT
Le développement des ENR s’accompagne désormais d’un enjeu central : garantir leur viabilité économique sans soutien massif de l’État. Car sans garantie étatique, les producteurs doivent convaincre les banques autrement.
Et pour cela, plusieurs critères deviennent essentiels :
- la capacité à vendre l’électricité sur le long terme via les durées d’engagements contractuels de certains consommateurs,
- la diversité des profils de consommations.
En effet, un projet dépendant d’un seul profil de consommateur peut devenir risqué. Comme l’indique Titouan Cavan : “Ce n’est pas la même chose de signer avec une grande enseigne solide que de dépendre d’une entreprise créée il y a un an.”
L’autoconsommation collective repose donc autant sur une logique énergétique… que sur une logique commerciale et territoriale.
L’AUTOCONSOMMATION COLLECTIVE NÉCESSITE UNE DÉMARCHE COMMERCIALE
Autre idée reçue évoquée pendant l’entretien : penser que les consommateurs viendront naturellement acheter l’électricité locale.
Dans la réalité, il faut aller les chercher, et finalement, “vendre de l’électricité, c’est aussi un métier commercial.”
Les producteurs doivent :
- expliquer leur offre,
- rassurer les consommateurs,
- construire une relation de confiance,
- animer leur communauté énergétique.
Et cela représente un changement culturel important pour certains acteurs historiques des ENR.
Nous passons d’un producteur passif qui vend à EDF OA, à un producteur actif qui commercialise son électricité et anime sa communauté.
LE GRAND MYTHE : « L’AUTOCONSOMMATION COLLECTIVE, C’EST TROP COMPLIQUÉ »
L’un des principaux freins évoqués par les porteurs de projets concerne la complexité administrative : contrats, conventions, gestion des consommateurs, recouvrement des paiements, coordination avec les fournisseurs.
Des sujets qui peuvent sembler lourds au premier abord. Mais selon Enogrid, le marché a fortement mûri ces dernières années.
“Les plâtres ont déjà été essuyés entre 2020 et 2022.”
Aujourd’hui, les outils existent, les procédures sont mieux maîtrisées et les solutions opérationnelles se développent rapidement.
Même la question du paiement des consommateurs et du recouvrement — souvent perçue comme un risque majeur — semble désormais largement maîtrisée grâce à des solutions techniques adaptées.
TOUS LES PROFILS DE CONSOMMATION NE SE VALENT PAS
Autre point clé : la rentabilité dépend fortement de l’adéquation entre production et consommation.
Un projet photovoltaïque devra par exemple trouver des consommateurs actifs en journée.
À l’inverse, certains projets hydroélectriques produiront même la nuit, avec des pics de productions variant selon les territoires et les saisons.
L’enjeu n’est donc pas seulement de produire de l’électricité verte. Il faut surtout produire pour les bons usages, car “si j’ai du photovoltaïque et uniquement des consommateurs nocturnes, ça ne fonctionnera pas.”
DES PRIX DURABLEMENT SOUS PRESSION ?
L’entretien met également en lumière un paradoxe du marché énergétique actuel.
Malgré les tensions géopolitiques et la crise gazière, les prix de l’électricité restent relativement bas.
Pourquoi ?
Parce que la production électrique est aujourd’hui excédentaire, tandis que l’électrification des usages progresse moins vite qu’attendu.
Selon les experts interrogés, cette situation pourrait durer encore plusieurs années, même si certaines tensions pourraient réapparaître à horizon 2030 avec les opérations de maintenance du parc nucléaire français.
L’AUTOCONSOMMATION COLLECTIVE : UNE TRANSITION PLUS QU’UN ELDORADO
Au fond, le principal enseignement est peut-être celui-ci : l’autoconsommation collective n’est pas un “nouveau jackpot” des ENR.
C’est surtout un modèle d’avenir dans un secteur qui doit apprendre à fonctionner avec moins de soutien public.
“L’autoconsommation collective n’est plus un pari militant. Elle devient un nouveau modèle économique des énergies renouvelables.”
Les projets les plus solides seront probablement ceux capables :
- de sécuriser leurs consommateurs,
- d’ancrer leur production dans un territoire,
- et de construire une logique énergétique cohérente sur le long terme.
L’autoconsommation collective ne remplace pas l’ancien modèle.
Elle inaugure surtout une nouvelle manière de penser la valeur de l’électricité renouvelable.
Un article par Smart Power et Enogrid
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