« On récupère une énergie que personne ne regardait » : la vision de Christophe Fourcaud pour faire de l’aérothermie un standard industriel
Publié le 02/06/2026Entrepreneur, inventeur et fondateur de Air Booster, Christophe Fourcaud développe depuis plusieurs années une technologie capable de transformer les façades des bâtiments en véritables sources de chaleur. Une innovation low-tech, brevetée et déjà adoptée par de grands groupes industriels, qui pourrait bien changer la manière dont les entreprises envisagent leur consommation énergétique.
Pour Smart Power, il revient sur la naissance du projet, les enjeux de l’aérothermie et les ambitions d’Air Booster.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que votre parcours ?
Christophe Fourcaud : Je suis Christophe Fourcaud, président fondateur de Air Booster. Mon parcours est avant tout celui d’un entrepreneur. J’ai travaillé dans différents domaines autour de la récupération et de la valorisation énergétique, qu’il s’agisse d’énergie photovoltaïque ou thermique.
Au fil des années, j’ai déposé plusieurs brevets liés à ces sujets, avec toujours la même volonté : développer des solutions concrètes pour accélérer la transition énergétique tout en apportant un bénéfice économique immédiat aux entreprises.
Comment est née l’idée d’Air Booster ?
Christophe Fourcaud : L’idée est née d’une situation très simple, presque anodine.
Un jour ensoleillé, je discutais avec un ami sur un parking. Lui avait une voiture noire, moi une blanche, et nous avons commencé à comparer les températures avec une caméra thermique. Ce qui nous a surpris, c’est qu’alors qu’il faisait à peine 13 ou 14°C dehors, certaines parties des véhicules montaient à plus de 50°C.
Mais surtout, la partie verticale de la voiture — la calandre — était beaucoup plus chaude que le capot. Cela s’explique par le fait qu’en hiver, le soleil est bas et les surfaces verticales captent énormément d’énergie.
À partir de là, je me suis dit qu’il était incroyable qu’une telle quantité de chaleur ne soit pas exploitée. J’ai commencé à réaliser des mesures sur des façades et des bardages de bâtiments et j’ai constaté qu’on pouvait atteindre jusqu’à 72°C alors qu’il faisait seulement 10°C à l’extérieur.
C’est ainsi qu’est née l’idée d’Air Booster : récupérer cette énergie solaire thermique via les façades pour la valoriser dans les bâtiments.
Concrètement, quelle est l’expertise d’Air Booster aujourd’hui ?
Christophe Fourcaud : Nous sommes spécialisés dans la récupération et la valorisation de l’énergie aérothermique. Notre technologie permet de récupérer la chaleur accumulée sur les façades afin de réduire très fortement les besoins de chauffage des bâtiments.
L’objectif est double : diminuer la facture énergétique — parfois jusqu’à 80 % — tout en réduisant l’empreinte carbone des entreprises.
Aujourd’hui, nous travaillons avec de grands groupes comme Suez, Vinci, RATP ou encore l’UIMM.
Nous avons également beaucoup investi en recherche et développement. Toute la difficulté réside dans l’optimisation de la circulation de l’air derrière les bardages. Grâce à plusieurs années de travail et à trois brevets, nous avons réussi à atteindre des rendements très importants, jusqu’à 80 % de récupération d’énergie.
Quel projet ou quelle réalisation vous rend le plus fier aujourd’hui ?
Christophe Fourcaud : Il y a déjà une vraie satisfaction à voir que notre technologie permet à la fois de réduire l’impact carbone et d’améliorer concrètement la compétitivité des entreprises grâce à la baisse des coûts énergétiques.
Quand certains clients nous disent : « Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? », c’est forcément très gratifiant.
Nous sommes également fiers d’avoir obtenu une reconnaissance institutionnelle importante. Air Booster a été labellisé par le ministère de la Transition écologique et mis en avant par Bertrand Piccard via la Solar Impulse Foundation. Notre solution a même été présentée à la COP30.
Mais aujourd’hui, il y a surtout un sujet que nous dévoilons presque en avant-première. Nous avons travaillé avec Safran à l’automne dernier sur une nouvelle application de notre technologie destinée aux pompes à chaleur.
L’idée est simple : utiliser notre savoir-faire aérothermique pour préchauffer l’air entrant des pompes à chaleur et ainsi augmenter significativement leur rendement.
On peut voir cette innovation comme l’ajout d’un « turbo pour les pompes à chaleur » : un moyen simple et efficace d’en booster les performances sans en modifier le cœur technologique.
C’est une évolution stratégique majeure pour Air Booster, car cette solution pourra être compatible avec les équipements déjà installés. Autrement dit, il ne s’agit pas de remplacer les pompes à chaleur existantes, mais de les rendre plus performantes grâce à l’énergie récupérée sur les façades.
La solution sera officiellement déployée dans les prochains mois, mais vous êtes parmi les premiers à en entendre parler publiquement.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis de votre secteur ?
Christophe Fourcaud : Le principal défi est celui de la pédagogie.
Le photovoltaïque est désormais bien identifié par le marché, mais l’aérothermie reste encore une technologie émergente. Nous sommes donc dans une phase où il faut démontrer, mesurer et rassurer.
C’est pourquoi nous avons développé des outils de suivi très précis permettant de quantifier les économies générées. Comme le photovoltaïque produit de l’électricité, nous produisons de l’air chaud, et nous sommes capables de mesurer exactement ce qui est récupéré.
La réglementation actuelle nous aide aussi beaucoup, puisque les enjeux de décarbonation deviennent centraux pour les entreprises et les collectivités.
Malgré un contexte économique parfois tendu, nous continuons d’être en croissance car notre solution apporte de la visibilité sur les coûts énergétiques à long terme.
Pourquoi avoir rejoint le réseau Smart Power ?
Christophe Fourcaud : Nous avons rejoint le pôle Smart Power pour plusieurs raisons.
D’abord pour son dynamisme et sa capacité à faire se rencontrer les acteurs de l’énergie. Quand on développe une technologie émergente, le réseau joue un rôle essentiel pour gagner en visibilité et accélérer les échanges.
Nous avons aussi beaucoup apprécié la proposition de valeur du réseau, notamment sur la partie formation et partage d’expertise.
C’est un écosystème très actif, avec de nombreuses initiatives concrètes, et nous sommes très satisfaits de cette collaboration.
Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Christophe Fourcaud : De continuer à faire progresser l’aérothermie en France.
Notre ambition est de contribuer toujours davantage à la décarbonation des bâtiments tout en permettant aux entreprises de retrouver de la visibilité et du pouvoir d’achat sur leurs dépenses énergétiques.
Et bien sûr, nous avons hâte de lancer notre nouvelle solution dédiée aux pompes à chaleur, qui représente une étape importante dans le développement d’Air Booster.