« L’intelligence artificielle bouleverse déjà l’industrie électronique » : le regard de Carol Ouchakoff, Directeur Général de NCAB Group France

Depuis quinze ans, NCAB Group France accompagne les industriels français dans la conception et l’approvisionnement de circuits imprimés destinés à des applications exigeantes : aéronautique, ferroviaire, nucléaire ou encore médical. À la tête de la filiale française depuis sa création en 2011, Carol Ouchakoff a construit une équipe de vingt personnes et fait de la qualité et de l’expertise technique les piliers du développement de l’entreprise.

Entre croissance, montée en puissance des produits critiques et nouveaux défis liés à l’intelligence artificielle, il partage avec nous sa vision d’un secteur en pleine mutation.

 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre rôle chez NCAB Group France ?

En 2011, j’ai rencontré le groupe suédois NCAB, spécialiste mondial de la distribution et de l’expertise dans le circuit imprimé. Le groupe souhaitait se développer sur le marché français et recherchait une personne pour lancer cette activité. J’ai relevé le défi et démarré seul en mai 2011.

Quinze ans plus tard, nous sommes une vingtaine de collaborateurs en France et faisons partie d’un groupe présent dans 19 pays, avec plus de 660 collaborateurs à travers le monde.

 

Quelle est la particularité du modèle de NCAB Group ?

Notre métier consiste à sélectionner et qualifier des usines partenaires en Asie, en Europe ou aux États-Unis, puis à garantir la qualité, la répétabilité des process, le respect des normes internationales et la performance logistique. Pour cela, nous disposons notamment d’une centaine de collaborateurs en Asie, au plus près des sites de production.

Notre valeur ajoutée ne se limite pas à acheter et revendre des circuits imprimés. Nous apportons une véritable expertise technique et assumons l’entière responsabilité du projet, de la commande jusqu’à l’utilisation des pièces chez nos clients.

Aujourd’hui, les industriels viennent nous chercher pour des produits complexes et à forte valeur ajoutée, là où la fiabilité est absolument essentielle.

 

Vous intervenez justement sur des marchés très exigeants…

Carol Ouchakoff : Oui, nous travaillons principalement sur des produits dits « sécuritaires » ou critiques.

Nous accompagnons des acteurs de l’aéronautique, du ferroviaire, des télécommunications, du médical ou encore du nucléaire. Les circuits imprimés que nous fournissons peuvent se retrouver dans des systèmes d’alimentation en carburant pour l’aéronautique ou dans des systèmes de freinage ferroviaires.

Nous ne cherchons pas à nous positionner sur des produits de grande consommation. Notre ambition est de devenir une référence sur les applications sensibles, où l’exigence de qualité est maximale.

 

Une réalisation vous rend-elle particulièrement fier ?

Carol Ouchakoff : Oui, sans hésiter, notre démarche de certification Aéro Excellence.

Il y a deux ans, NCAB Group France est devenu l’un des tout premiers acteurs du circuit imprimé à réussir cette évaluation, qui constitue aujourd’hui une référence dans le secteur aéronautique.

C’est un processus extrêmement exigeant : pendant trois jours, quatre auditeurs passent en revue plus de 500 questions, couvrant aussi bien la stratégie de l’entreprise que les processus industriels, la maintenance, la gestion des compétences, les stocks ou encore les prévisions de production.

Au-delà de la qualité produit, cette évaluation mesure l’excellence industrielle de l’entreprise. Être parmi les premiers à nous engager dans cette démarche a été un véritable défi et représente une grande fierté pour nos équipes.

 

Quels sont les grands défis auxquels votre secteur est confronté aujourd’hui ?

Carol Ouchakoff : Le principal enjeu est celui de l’approvisionnement en matières premières.

Ce qui est intéressant, c’est que l’on imagine souvent que l’intelligence artificielle est uniquement un sujet logiciel. En réalité, elle a un impact considérable sur toute la chaîne industrielle de l’électronique.

Les besoins liés aux data centers, aux supercalculateurs et aux infrastructures d’IA absorbent aujourd’hui une part très importante des capacités de production de certaines matières premières nécessaires à la fabrication des circuits imprimés.

Par exemple, nous faisons face à des tensions sur le tissu de verre utilisé pour produire la fibre de verre entrant dans la composition des circuits imprimés. Les grands acteurs de l’IA, comme Microsoft, Google ou Nvidia, mobilisent des volumes considérables et redessinent complètement les équilibres du marché.

C’est une évolution que peu de personnes perçoivent, mais qui a déjà des conséquences très concrètes pour l’industrie électronique.

 

Vous êtes adhérent du réseau Smart Power depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous a conduit à rejoindre le réseau ?

Carol Ouchakoff : Mon adhésion s’inscrit dans une forme de continuité. J’étais déjà impliqué dans le pôle lors de mon précédent parcours professionnel et, lorsque j’ai créé NCAB Group France, il m’a semblé naturel de poursuivre cette aventure.

Être adhérent, c’est avant tout faire partie d’un réseau régional dynamique, particulièrement dans le domaine de l’électronique. Beaucoup de nos clients sont également membres du pôle.

Pour une PME comme la nôtre, c’est un moyen de rester connecté à l’écosystème et de développer des relations de proximité.

Je pense aussi qu’il existe encore un potentiel important de collaboration entre adhérents. Nous avons des compétences très spécifiques sur le circuit imprimé qui pourraient être utiles à de nombreux projets, et nous avons certainement un rôle à jouer pour mieux faire connaître cette expertise auprès du réseau.

 

Quelle est votre vision pour les prochaines années ?

Carol Ouchakoff : Nous avons un objectif très clair : doubler notre chiffre d’affaires dans les cinq prochaines années.

Mais au-delà de la croissance, notre ambition est de renforcer notre position de référence sur les produits critiques et les applications sensibles.

Le secteur du circuit imprimé a profondément évolué. Il y a trente ans, la France comptait plus de 200 fabricants. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une quinzaine. On parle beaucoup de relocalisation industrielle, mais le circuit imprimé est un secteur qui s’est fortement internationalisé depuis le début des années 2000.

Notre conviction est qu’il faut continuer à combiner une présence locale forte, une expertise technique de haut niveau et un réseau industriel mondial pour répondre aux besoins des industriels français.

L’électronique devient de plus en plus complexe, notamment sous l’effet de l’IA. Cela exige d’anticiper les évolutions technologiques, de développer de nouvelles solutions techniques et d’accompagner nos clients dans leurs besoins futurs.

 

Pour conclure, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Carol Ouchakoff : Tout simplement de continuer sur la même dynamique que ces quinze dernières années !

Nous poursuivons nos recrutements afin de maintenir le niveau de service, de qualité et de proximité qui fait notre ADN. Notre ambition est de grandir sans jamais renoncer à ce qui fait notre différence : l’expertise technique et la relation de confiance avec nos clients.

 

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