Réinventer le logement : rencontre avec Sébastien Fournier, cofondateur de Synerpod

À l’heure où le secteur du bâtiment doit faire face à des défis majeurs — transition énergétique, raréfaction des ressources, attentes croissantes des usagers — certains acteurs font le choix de repenser en profondeur les modèles existants.
C’est le cas de Synerpod, une entreprise qui bouscule les codes en industrialisant la construction et en remettant l’habitant au cœur de la réflexion.
Nous avons échangé avec Sébastien Fournier, cofondateur de Synerpod, pour comprendre sa vision, son parcours et les ambitions d’un projet résolument tourné vers l’avenir.
Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?
Je m’appelle Sébastien Fournier, j’ai 54 ans et je suis père de deux enfants. C’est d’ailleurs en partie pour eux que je me suis lancé dans l’entrepreneuriat, à l’aube de mes 50 ans.
Après plus de 20 ans dans le secteur du bâtiment, notamment autour du hors-site et de la préfabrication, j’ai ressenti le besoin de me remettre en question. Mon parcours de salarié s’est terminé après le rachat de mon entreprise par un grand groupe, où je n’ai pas trouvé ma place.
J’ai alors pris le temps de voyager, notamment en Angleterre et aux Pays-Bas, pour observer d’autres façons de construire. Ces expériences ont été déterminantes : j’y ai découvert des approches beaucoup plus industrialisées et innovantes.
En parallèle, je suis allé à la rencontre d’acteurs issus d’autres secteurs — naval, automobile, camping-car — pour comprendre leurs méthodes. Cela a forgé une conviction forte : on ne transformera pas le bâtiment uniquement avec des acteurs du bâtiment.
Comment est née Synerpod ?
Synerpod est né de cette volonté de rupture. Au départ, j’étais seul, avec simplement un téléphone. Puis, au fil des rencontres, nous nous sommes associés à cinq, venant d’horizons très différents.
Nous avons pris le temps de définir une vision commune : se concentrer exclusivement sur le logement, proposer des solutions bas carbone, concevoir des logements économes en énergie et surtout accessibles financièrement pour leurs occupants
Notre indicateur principal est très simple : la satisfaction de l’habitant. Si la personne qui vit dans le logement est satisfaite, alors tout le reste suit.
Quelle est votre approche pour transformer le secteur du bâtiment ?
Notre approche repose sur deux piliers fondamentaux.
Tout d’abord, industrialiser la construction. Nous voulons déplacer la valeur du chantier vers l’usine. Aujourd’hui, trop de choses se font encore sur site, avec une logique “on se débrouillera sur place”. Ce modèle ne fonctionne plus. Nous développons des composants industriels standardisés, assemblés ensuite sur chantier. Cela permet de gagner en qualité, en temps et en performance.
Ensuite, travailler en coopération. Nous ne parlons pas simplement de collaboration, mais bien de coopération. Cela signifie ouvrir nos façons de travailler avec nos partenaires : mutualiser les transports, partager les ressources, penser collectivement. C’est un changement profond de culture.
Concrètement, quelles solutions propose Synerpod ?
Notre produit phare est le pod énergétique, un module technique intégré au logement. Il regroupe plusieurs fonctions essentielles : chauffage, eau chaude, rafraîchissement et qualité de l’air. C’est un système standardisé, mais personnalisable, un peu comme une voiture : le “châssis” est commun, mais l’habillage et les options varient. Aujourd’hui, nous avons déjà réalisé plus de 300 installations.
Nous développons également d’autres solutions, comme des composants préfabriqués (cloisons, façades, équipements techniques), des modules connectés permettant le suivi en temps réel et bientôt un nouveau produit appelé Home+, une extension de logement multifonctionnelle.
Vous intégrez aussi beaucoup de numérique dans vos solutions. Quel est son rôle ?
Le numérique est central dans notre approche. Chaque installation est équipée d’un système connecté qui nous permet de suivre en temps réel le fonctionnement du logement. Nous collectons des données pour détecter les anomalies, anticiper les pannes et améliorer le confort des habitants.
Aujourd’hui, plus de 60 % des demandes sont traitées à distance (coaching utilisateur), 25 % via du paramétrage et les interventions physiques sont rares… et sans entrer dans le logement
Nous allons même plus loin avec l’intelligence artificielle, qui nous permet d’anticiper les inconforts avant même que les habitants ne les ressentent.
Votre modèle semble aussi très centré sur l’humain. Est-ce volontaire ?
Totalement. On parle beaucoup de technologie, mais pour nous, la vraie transformation est avant tout humaine. Nous nous appuyons notamment sur des principes simples, inspirés des “quatre accords toltèques” : une communication claire, ne pas faire de suppositions, ne pas prendre les choses personnellement et toujours faire de son mieux.
Nous valorisons également une culture orientée solution : on ne cherche pas des coupables, mais des réponses. C’est essentiel pour avancer vite et bien.
Par ailleurs, notre modèle permet aussi de favoriser l’insertion sociale, de travailler avec des personnes en reconversion et de féminiser davantage le secteur.
Quels sont aujourd’hui vos principaux marchés ?
Nous avons identifié quatre segments principaux : les bailleurs sociaux, les copropriétés, les villages seniors et les particuliers.
Sur ce dernier segment, nous travaillons notamment avec des partenaires comme Leroy Merlin, avec une approche innovante : rénover à l’échelle d’un quartier plutôt qu’individuellement.
Pourquoi avoir rejoint le réseau Smart Power ?
C’est avant tout une question de timing… et de rencontres. Nous avons été convaincus par la qualité de l’écosystème, par les opportunités de mise en réseau et par l’accompagnement proposé, notamment sur les projets et les financements. Nous attendons surtout des échanges, des rencontres et des synergies avec d’autres acteurs.
Pour conclure, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Que l’aventure continue… et surtout qu’elle reste humaine.
Depuis le début, nous avons construit Synerpod autour des rencontres. D’ailleurs, au tout départ, nous organisions même des ateliers de brassage de bière pour créer du lien ! La technologie est importante, mais elle ne vaut rien sans les relations humaines.
C’est ça, finalement, notre moteur : construire autrement, mais surtout construire ensemble.